Il me semble que j'ai toujours vécu en exil ; le pire genre d'exil qui puisse exister, l'exil intérieur. Enfant, adolescent puis adulte, j'ai toujours eu le sentiment d'être à coté, en dehors, à la périphérie du groupe. Pas par le fait d'une quelconque hostilité à mon égard, tout du moins dans mon enfance, mais parce que je me sentais étranger ; blâmable ne pas être apte à m'intégrer à la communauté, à la tribu, au clan; coupable de ce que je ressentais au plus profond de moi. A 15 an je pensais avoir trouvé la solution pour rompre mon isolement : Dieu serait mon seul compagnon. Je me plongeais dans la prière et ne quittais pratiquement plus la mosquée ; hélas, je finis par m'en convaincre, Dieu, allez savoir pourquoi, n'était pas là pour moi. Ou alors mon c½ur était il trop sec pour accueillir la foi ? Si bien qu'au début des années 90, avec le tsunami islamistes qui déferla sur l'Algérie, je réunissais tous les critères de l'ennemi à abattre : homosexuel, de peu de foi, francophone, viscéralement épris de paix... Ma chance fut que j'étais tellement « à coté »depuis si longtemps que j'étais devenu transparent, invisible, pour tout le monde. C'est pourquoi il m'a semblé tout naturel d'intituler mon livre « par dessous la meïda » : Par dessous la table où se réunissent les convives qui se bâfrent à satiété tandis que d'autres attendent patiemment, aux pieds des chaises, quelques miettes, d'autres qui se prennent des coups de rangers dans la figure, et d'autres qui observent... Et ce qu'ils voient n'est pas toujours du meilleur goût. Car si Zinou, le personnage principal, prend peu a peu conscience que son homosexualité n'est pas un délit, il découvre aussi grâce à son complice Rafiq, la quête de la citoyenneté, de la démocratie sans laquelle il n'y aura jamais d'avancée pour les siens.( A l'heure de la commémoration des crimes nazi, il n'est pas inutile de rappeler ce que peut donner un régime totalitaire) Dans les pays arabes, il est illusoire d'attendre des progrès dans ce domaine de la part de ses dirigeants, aussi sympathiques puissent-ils paraître...
On m'a reproché d'avoir écrit ce livre maintenant «... tu sais ce n'est pas le bon moment, la conjoncture n'est pas favorable... » Pour nous ce n'est de toute façon jamais le bon moment. J'éprouve une profonde émotion à l'idée que moi, qui n'ai jamais pu ou su aller vers les autres, à cause de ce sentiment de culpabilité qui me paralysait, puisse par cet ouvrage communiquer avec toutes ces personnes, ces lecteurs, qui auront mon livre en main, je les remercie très sincèrement de leur intérêt ! J'ai écris ce livre sans la bénédiction de « la conjoncture » parce que tout simplement, à un moment donné j'ai eu envie d'écrire. Et surtout parce que aujourd'hui, je l'avoue, je ne me sens plus coupable de rien. Aniss A
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